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L’utilisation du terme populis* par les parlementaires fédéraux belges en 2019

Updated: Feb 7, 2023


Quand, qui, comment et pourquoi les parlementaires belges ont eu recours aux termes populiste(s) et populisme(s), ainsi que leurs variantes en néerlandais (ci-après nommé populis*), dans les documents et les débats de la Chambre des représentants en 2019 ? Cette analyse est possible grâce au codage systématique de ces usages à travers l’utilisation d’une grille d’analyse distinguant leurs différentes dimensions. Attention, il s’agit de l’analyse de données brutes en valeur absolue ne prenant pas en compte le nombre total de prises de parole entre les locuteurs et entre partis ainsi que la longueur des interventions dans lesquelles populis* est utilisé.


Quand le terme populis* est-il utilisé ?


Premièrement, la temporalité et le contexte dans lequel le terme populis* est mobilisé peut être analysés.


Au cours de l’année 2019, le terme populis* a été utilisé à 42 reprises au sein de la Chambre des représentants de Belgique. Les parlementaires francophones ont davantage utilisé le terme populis*, avec 26 utilisations, contre 16 pour les néerlandophones, sachant que les parlementaires francophones représentent 63 sièges sur les 150 de la Chambre des représentants.


L’utilisation du terme est variable selon les mois. Trois pics sont notamment visibles : en janvier et février (8), et en octobre (7). Le pic du mois de février est lié, à travers les thèmes des prises de parole, au contexte de négociations salariales et à la grève générale du 13 février organisée en réactions à ces discussions (5/8). Le niveau comparativement plus bas en mai peut s’expliquer par le contexte des élections fédérales, alors que le niveau bas de juillet, août et décembre peut s’expliquer par les vacances parlementaires.



En ce qui concerne le contexte de ces utilisations, populis* est majoritairement employé lors des questions adressées au Gouvernement fédéral et des réponses à ces questions, avec 23 utilisations. Il s’agit donc du cadre d’utilisation majoritaire du terme populis* au sein de la Chambre des représentants.



Quels sont les acteurs qui le mobilisent ?


Deuxièmement, en ce qui concerne les acteurs qui l’ont mobilisé, le terme populis* a été utilisé par 27 parlementaires et ministres différents. La majorité des parlementaires (16/27) ne l’a utilisé qu’à une seule reprise. Ensuite, 5 membres l’ont utilisé 2 fois, 3 l’ont utilisé 3 fois, 2 l’ont utilisé 4 fois (Raoul Hedebouw et Marco Van Hees, PTB-PVDA) et 1 l’a utilisé 5 fois (Georges Dallemagne cdH).

Deux partis francophones ainsi que le PTB-PVDA (bilingue) se trouvent en tête du classement du nombre d’utilisations par parti politique, avec 9 utilisations pour le cdH (aujourd’hui « Les Engagés »), 7 pour le Parti Socialiste (PS) et 6 pour le PTB-PVDA. Les cas du cdH et du PTB-PVDA sont davantage interpellant. En effet, le cdH est le plus grand utilisateur alors qu’il n’est pas membre du gouvernement fédéral et qu’il représente 9 sièges sur les 150 de la Chambre de janvier à mai et 5 sièges de juin à décembre. Le PTB-PVDA ne possède quant à lui que 2 sièges de janvier à mai et 12 entre juin et décembre, tout en étant également dans l’opposition.



Dans le cas du cdH, cela s’explique notamment par l’utilisation du terme populis* par deux parlementaires : Georges Dallemagne (5/9) et Vanessa Matz (3/9), alors qu’ils ne sont ni membre du gouvernement fédéral ni porte-parole de leur groupe. Dans le cas du PS, cette utilisation est plus diffuse avec 7 utilisateurs différents. Enfin, dans le cas du PTB-PVDA, Raoul Hedebouw et Marco van Hees, les deux seuls députés du PTB-PVDA, utilisent populis* à 6 reprises : deux fois en commun et deux fois individuellement chacun. Trois des six utilisations correspondent à une dénégation afin de préciser qu’un élément qualifié de populis* ne l’est pas, soit 75% des utilisations de cette fonction (3/4). Il s’agit dans ces cas de relégitimer une proposition ou position du PTB-PVDA.


Marco van Hees (PTB-PVDA) : « J'essaie de suivre votre raisonnement. Vous nous dites que rappeler plus d'une fois que la hausse de 0,8 % équivaut à du POPULISME, et en même temps, vous reconnaissez que cette indexation de 0,8 % est plutôt faible. Selon vous, on peut mentionner une seule fois qu'une indexation de l'ordre de 0,8 % ne représente pas beaucoup mais, à partir du moment où on le dit à trois reprises, cela devient du POPULISME ! J'essaie de comprendre ! »


D’un autre côté, en analysant les partis visés par l’emploi de populis*, le PTB-PVDA parait être le parti le plus ciblé, directement ou indirectement, avec 7 désignations ou associations avec le populisme sur les 41 utilisations. Il est suivi par la N-VA, ciblée quant à elle à quatre reprises.


Comment est-il utilisé ?


Troisièmement, la façon dont le terme est utilisé est également analysable en se focalisant sur ce qu’il désigne, sa connotation, son sens et les champs conceptuels qui lui sont associés.


L’utilisation du terme populis* a un usage autoréférentiel, c’est-à-dire qu’il fait référence à lui-même, dans la moitié des cas (22/42), suivi ensuite d’une référence au terme qui lui est syntaxiquement associé dans le discours (5) (exemple : les mouvements extrêmes et populistes). Pour les 15 cas restant, populis* désigne des personnes, partis ou objets différents. Cependant, parmi ces 15 cas, 4 sont liés directement au PTB-PVDA (PTB, Van Hees, proposition du PTB, promesse du PTB).


Lors de son usage, populis* est très largement connoté négativement (39/42). Lorsqu’on ne lui impute pas une valeur négative, il est non déterminable à deux reprises et positif ironique à une reprise. Son sens est quant à lui unanimement présenté comme évident, sans questionnement de sa signification ni de sa définition. De ce fait, les parlementaires l’utilisent en général négativement et comme étant évident.


Lors de son utilisation, différents champs conceptuels sont associés au terme populis*. Deux se distinguent en particulier : l’association à la démagogie (14/42) et au nationalisme (10/42) dépassent toutes les deux les 10 occurrences.


Champ démagogique :


Marco Van Hees & Raoul Hedebouw (PTB-PVDA) : « Un argument invoqué par les détracteurs est que les électeurs ne seraient pas en mesure d’adopter une décision mûrement réfléchie, étant « perméables au POPULISME et à la démagogie » »


Kris Peeters (CD&V) : « Voor wie de zaak wat gemakkelijk en POPULISTISCH voorstelt, namelijk dat we de degressiviteit in de tweede fase zonder meer scherper formuleren, zeg ik dat dat niet mijn voorstel is. »

‘A qui présente la question de façon un peu facile et populiste, à savoir que nous formulons la dégressivité dans la deuxième phase de façon plus nette sans plus, je dis que cela n’est pas ma proposition.’


Champ nationaliste :


Malik Ben Achour (PS) : « En assumant ce rôle, elle rendrait non seulement service aux Palestiniens qui souffrent et qui meurent mais aussi aux Israéliens qui se noient malheureusement dans cette vague nationale POPULISTE qui s'est levée aux quatre coins du monde »


Kristof Calvo (Groen) : « Die dingen een plek geven in onze Grondwet zou pas echt een dam zijn tegen oprukkend nationalisme en POPULISME. » ‘Donner une place à ces choses dans notre Constitution serait vraiment un barrage contre le nationalisme et le populisme qui progressent’.


Ces deux champs sont suivis par les références à l’extrémisme (6) puis par différentes références minoritaires ou des combinaisons.


Quelles sont les fonctions de l’usage du terme populis* ?


Enfin, l’utilisation de populis* s’inscrit dans différentes visées : exprimer une préoccupation à l’égard d’un processus ou d’une situation (15/42), critiquer une action (8/42) ou une personne (7/42), décrire un objet ou une situation (6/42), affirmer qu’un objet potentiellement populiste ne l’est pas (4/42) et légitimer une personne ou un groupe par opposition au populisme (2/42).

Préoccupation processus/situation :


Georges Dallemagne (cdH) : « Ce mouvement compréhensible fait l'objet d'une récupération par les mouvements extrêmes et POPULISTES. Il faut apporter une réponse logique et responsable tant aux difficultés des citoyens qu'aux enjeux climatiques pour chasser la réponse POPULISTE. »


Critique d’un acte isolé :


Dominiek Sneppe (Vlaams Belang) : « De echte reden, mevrouw de minister, is dat u het nog maar eens opneemt voor de farma-industrie, die sinds 2015 ieder jaar met honderden miljoenen over het toegestane budget gaat, vorig jaar zelfs met 400 miljoen euro.U zegt dan in de pers, zeer POPULISTISCH, dat u het opneemt voor de patiënt, maar in de realiteit neemt u het op voor de farmareuzen en – laat ons een kat een kat noemen – voor de 'farmaffia' » ‘La vraie raison, Madame la ministre, est que vous défendez encore une fois l’industrie pharmaceutique qui, depuis 2015, dépasse chaque année le budget autorisé de centaines de millions, l’année passée même de 400 millions d’euros. Vous dites dans la presse, de façon très populiste, que vous défendez le patient, mais, en réalité, vous défendez les géants pharmaceutiques et – appelons un chat un chat – la ‘pharmafia’.’


Critique d’une personne/groupe :


Julie Fernandez Fernandez (PS) : « Dommage que Francken ne soit plus là pour que je puisse non seulement acquiescer à vos propos relatifs à l'asile et la migration, mais également les applaudir. Comme vous, je partage le sentiment que les trafiquants, les passeurs, ces abuseurs de la désespérance humaine, sont à mettre dans le même sac que les POPULISTES et tous ceux qui véhiculent ces idées d'extrême droite puantes ».


Description :

Vincent Van Quickenborne et Tim Vandenput (Open VLD) : « Daarnaast blijkt uit bestaande ervaringen dat het niet klopt dat jongeren meer aangetrokken zouden zijn door extreme of POPULISTISCHE partijen. Zij zijn even veel of weinig kritisch als de andere kiezers. » ‘En plus de cela, il ressort des expériences existantes qu’il n’est pas vrai que les jeunes soient plus attirés par les partis extrêmes ou populistes. Ils sont autant ou aussi peu critiques que d’autres électeurs.’


Dénégation :

Marco Van Hees (PTB-PVDA) : « Vous nous dites que rappeler plus d'une fois que la hausse de 0,8 % équivaut à du POPULISME, et en même temps, vous reconnaissez que cette indexation de 0,8 % est plutôt faible. Selon vous, on peut mentionner une seule fois qu'une indexation de l'ordre de 0,8 % ne représente pas beaucoup mais, à partir du moment où on le dit à trois reprises, cela devient du POPULISME ! J'essaie de comprendre ! »


Légitimation par opposition :

Georges Dallemagne (cdH) : « Je ne peux m'empêcher de réagir à l'intervention de mon collègue, Marco Van Hees, car je vois vraiment, dans ce type d'intervention, la différence qu'il y a entre les partis démocratiques et un parti POPULISTE ».

Conclusion

En conclusion, le terme populis* a davantage été utilisé par des partis et parlementaires francophones en nombre absolu, sans prendre en compte le nombre de prises de parole des différents parlementaires et partis, et dans le cadre de questions au gouvernement. Son utilisation est associée à différents champs conceptuels, dont les deux plus importants sont la démagogie et le nationalisme, tout en étant à chaque fois considéré comme évident et majoritairement négatif. Enfin, son usage révèle plusieurs fonctions, en particulier la préoccupation par rapport à un processus ou une situation, suivie de la critique d’un acte ou d’une personne. Ainsi, cette analyse brute permet une vision générale de l’emploi du terme populis* au sein de la Chambre des représentants de Belgique et offre plusieurs pistes pour davantage d’analyses approfondies de cet usage.



Note de l'auteur: Merci à l’ensemble de l’équipe TrUMPo pour les relectures et les traductions vers le français.

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